Reserved List et altered art : ce que j'ai appris en peignant l'irremplaçable
Certaines cartes Magic ne seront jamais rééditées. Pas pour une question de format ou de production, mais à cause d'une promesse faite il y a des décennies. 572 cartes. La Reserved List.
Quand un collectionneur m'en confie une, quelque chose est différent. Pas dans la façon dont je tiens la carte ou prépare ma palette. Plutôt dans le poids de ce qui m'est confié.
La carte qui m'a appris ce qu'était la Reserved List
Un client qui m'avait déjà passé une dizaine de commandes est venu me déposer sa Cuvette de la Yavimaya en personne. On a regardé l'illustration ensemble avant qu'il reparte. Un peu plus tard j’ai réalisé sa commande.
C'est quand il est venu la récupérer qu'il m'a dit, presque en passant, que cette carte ne serait jamais rééditée.
Je ne le savais pas. Et l'entendre à ce moment-là, en regardant ce que j'avais fait, ça a donné encore plus de sens à ce travail.
Cuvette de la Yavimaya — Extension borderless, acrylique sur carte. L'eau prolongée, les bannières redessinées, et un hippopotame glissé dans la scène comme s'il avait toujours été là. Illustration originale de Douglas Shuler, Urza's Destiny (1999). © Céline Combes Alters
Il m'avait dit en me la confiant qu'il pensait que ça me plairait, sachant que j'aimais les créatures et les paysages. Il avait raison. La carte est ancienne, éditée avant 2003, donc le cadre est plus large et les bannières doivent être redessinées à la main. Plus de travail, mais aussi plus de surface. J'ai prolongé l'étendue d'eau sur les côtés et en bas, et je me suis permis d'ajouter quelque chose qui semblait appartenir à la scène : un hippopotame, à demi immergé, comme s'il avait toujours été là. Les animaux de l'illustration d'origine n'étaient pas très réalistes non plus. J'ai suivi cette logique.
J'ai travaillé au plus près de la palette de Douglas Shuler pour que l'extension paraisse inévitable, comme si l'illustration originale avait simplement été cadrée trop serré.
(Le nom "Cuvette de la Yavimaya" ne rend pas vraiment justice à la carte. Certaines choses se traduisent mieux en peinture.)
Cimetière des éléphants : donner de la profondeur à quelque chose de pâle
Le client m’a proposé de choisir une carte à altérer, je devais en choisir une parmi sa collection. J’ai été attirée par Cimetière des éléphants. L'illustration d'origine de Rob Alexander était pâle avec des détails très fins qui ne donnaient pas beaucoup de visibilité. J’avais carte blanche à la fois pour le choix de la carte mais aussi pour la peindre entièrement avec mon style.
Elephant Graveyard — Full art paysage, acrylique sur carte. Atmosphère approfondie, tons sombres et rehauts de couleur pour donner aux ossements leur vrai poids. Illustration originale de Rob Alexander, Arabian Nights (1993). © Céline Combes Alters
Pour cette commission full art, je n'ai pas cherché à étendre ce qui existait autant qu'à l'approfondir. Des tons plus sombres, des rehauts de couleur, des os auxquels j'ai donné plus de présence. Je me suis inspirée de squelettes d'éléphants, et quelques semaines après avoir terminé la carte, je me suis retrouvée devant un squelette de mammouth dans un musée. Un écho de quelque chose que j'avais déjà peint.
Le collectionneur conserve la carte originale et la version altérée côte à côte dans son classeur. Avant et après, deux versions de la même rareté.
Library of Alexandria : l'histoire que j'ai déjà racontée ailleurs
La troisième carte Reserved List sur laquelle j'ai travaillé est aussi la plus documentée. Une édition Arabian Nights de 1993, envoyée depuis Monaco, transformée en extension borderless inspirée des jardins persans.
Je ne vais pas tout raconter ici. Vous pouvez lire l'histoire complète dans cet article.
Ce que je dirai simplement : travailler sur une carte Reserved List, ce n'est pas qu'un défi technique. C'est une relation, entre le collectionneur et sa carte, entre la carte et son histoire, et entre les deux et l'artiste à qui on choisit de faire confiance.
Lake of the Dead : un terrain qui mérite une full art extension
Lake of the Dead — Full art extension, acrylique sur carte. L'étendue d'eau prolongée sur toute la surface de la carte. Illustration originale de Pete Venters, Alliances (1996). © Céline Combes Alters
Lake of the Dead a une présence. Un collectionneur français me l'a confiée pour une extension full art, et l'illustration, une fois qu'on lui donne de l'espace, le rend bien. J'ai prolongé l'étendue d'eau sur toute la surface et laissé l'atmosphère de l'original s'étendre naturellement
Quatre cartes Reserved List. Trois collectionneurs qui ont décidé que l'irremplaçable méritait une attention particulière.
Quelques éléments pratiques
L'envoi d'une carte précieuse peut souvent créer des hésitations. Pour les collectionneurs en France et en Europe, une expédition assurée et suivie est tout à fait gérable. Pour ceux qui se trouvent hors d'Europe, je recommande d'acheter la carte sur Cardmarket auprès d'un vendeur européen qui peut l'expédier directement à mon atelier. Un aller-retour transatlantique pour une carte irremplaçable est un risque sans bonne raison.
Les cartes éditées avant 2003 ont un cadre plus large et demandent que les bannières soient redessinées à la main. C'est plus de travail, et c'est reflété dans le tarif. Cela vaut la peine d'en parler avant de commencer.
Et l'approche est toujours la même, quelle que soit la valeur de la carte : le respect d'abord. Une carte Reserved List porte une histoire.
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Vous vous demandez si une altération affecte la valeur d'une carte ? J'explore cette question ici.